20.02.2009

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        Par les déclarations stigmatisantes et à l'emporte-pièce dont il a le secret, Nicolas Sarkozy s'est mis à dos toute la communauté universitaire, toutes sensibilités politiques confondues. Pour en attester, je préfère laisser témoigner deux d'entre eux (cf Le Monde du 19 février) :

        Tout d'abord Wendelin Werner, professeur de mathématiques à l'université Paris-Sud et à l'Ecole Normale Supérieure : « je passerai sur le ton familier et la syntaxe approximative.......La rigueur et le questionnement nécessaires, la détermination de la vérité scientifique sont utiles de manière plus large. Votre discours contient des contrevérités flagrantes, des généralisations abusives, des simplifications outrancières, des effets de rhétorique douteux, qui laissent perplexe tout scientifique. Vous parlez de l'importance de l'évaluation, mais la manière dont vous arrivez à vos conclusions est précisément le type de raisonnement hâtif et tendancieux contre lequel tout scientifique et évaluateur rigoureux se doit de lutter »

        Ensuite, Alexandre Dupeyrix, philosophe, germaniste, université Paris Sorbonne : Nicolas Sarkozy, c'est un peu Tullius Detritus dans l'album d'Astérix, La Zizanie : partout où il passe, les gens se tapent dessus.......Tout ce qui se dit ou s'écrit en anglais est systématiquement surévalué et s'impose à une bonne partie du monde. Cela revient exactement au même que de reprocher au cinéma français de ne pas pouvoir rivaliser avec le cinéma américain. Tom Cruise n'est pas forcément meilleur acteur que Vincent Cassel ou Gérard Lanvin. C'est pourtant lui la star internationale........Cette idéologie utilitariste n'épargne évidemment pas les discussions autour de la recherche et notamment en sciences humaines. Le grec ancien, çà sert à quoi ? Le français du Moyen Age, çà remplit le Stade de France ? L'étude du sanskrit, combien de brevets ? Il se trouve que quand le chercheur ne trouve pas, au minimum, et c'est énorme, il hérite et transmet. Ce bien qu'il transmet, c'est le patrimoine de l'humanité, la culture sous ses différentes formes, la mémoire de l'existence humaine. Il se trouve aussi qu'il a d'autres rapports au monde, d'autres façons d'accomplir son existence que la recherche du profit, la comparaison avec autrui. Les chercheurs n'ont pas l'obsession du bling-bling........J'ajouterai que la crise économique actuelle entame sérieusement la crédibilité d'un modèle fondé sur obsession mortifère de la compétition et du gain.

 * publie ou crève

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